Le monde à genoux, la crèche pour refuge

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Le Monde à genoux, la crèche pour refuge

 

Noël est ce moment étrange où le monde s’agite pendant que l’âme, elle, cherche un abri.

 

 

Je ressens chaque année, à l’approche de Noël, une solitude particulière.
Elle n’est pas spectaculaire.
Elle s’installe lentement, comme un voile posé sur le cœur.

 

Je me sens seule devant l’actualité de la France, lourde, tendue, fragmentée.
Seule devant ces images qui surgissent et me bouleversent : des paysans à genoux face aux forces de l’ordre. Je les regarde, immobile, et quelque chose se brise en moi. Une émotion trop grande, suivie d’un silence épais.

 

Je me sens seule aussi devant la frénésie qui envahit tout.

Les vitrines débordent.
Les conversations s’affolent.
Les fêtes approchent, dit-on.

 

Et moi, intérieurement, je me surprends à me poser cette question, simple et vertigineuse : qu’est-ce que nous fêtons encore ?
Car autour de moi, si peu reconnaissent le Christ comme leur Sauveur.


Ce décalage me fait mal.


Cette distance entre la réalité spirituelle de Noël et ce que je vois, ce que j’entends, ce que je traverse, est une souffrance sans nom. Une blessure silencieuse.

 

Je me sens seule devant les combats autour des crèches.
Chaque année les mêmes querelles.
Crèches vandalisées.
Crèches traînées devant les tribunaux.
Crèches disséquées pour savoir si elles sont culturelles ou cultuelles, comme si l’on pouvait analyser l’Incarnation sans en perdre le cœur.
Tout cela fatigue.

 

Je me sens seule en pensant à toutes ces solitudes que Noël exacerbe.
Les personnes âgées.
Les jeunes perdus.
Les célibataires qui n’ont pas pu fonder de famille.
Les personnes handicapées, physiques ou psychiques, trop souvent invisibles.


Et puis cette solitude extrême, tragique, dont on parle à voix basse : celle qui pousse certains au bord du gouffre, alors même que les lumières brillent partout.

 

Je me sens seule devant mon écran de télévision.
Les reportages s’enchaînent.
Marchés de Noël.
Lumières.
Festivités.
Jamais un mot sur l’Incarnation du Dieu Vivant.
Comme si l’on avait gardé les décorations en effaçant l’événement.

 

Je me sens seule aussi quand la santé me limite.
Quand je ne peux pas vivre toutes les solennités liturgiques que mon cœur désire.
Quand le corps impose sa loi au mystère.

 

Et cette solitude devient parfois cruelle.
Être là, au milieu d’un monde en effervescence pour quelques homards, des huîtres, des bûches sophistiquées.
Une solitude qui frôle l’abandon.
Qui se transforme en isolement du cœur.
Avec ce sentiment profond de ne plus appartenir à ce monde.

 

 

Alors je me retire.

Je me réfugie dans la crèche.

Je n’ai plus envie de sortir.
Je n’ai plus envie d’entendre le vacarme.
Je cesse d’expliquer, de commenter, de répondre.

 

Je cours vers l’étable.
Je me blottis dans les bras de Marie.
Je pose ma tête près du cœur de Jésus.
Je respire avec Lui.
J’écoute son cœur battre, si petit, si vivant.
Ses mains innocentes se glissent dans les miennes.

 

Je dépose là ma solitude.
Je dépose mes inquiétudes.
Je chante pour Lui seul le Gloria des anges.
Je chante avec le froid, avec les étoiles, avec l’âne et le bœuf.
Je Lui parle, simplement.
De moi.
Des miens.
De la vie.

 

Je pense à Lui.
Je Lui parle.
Je chante pour Lui.
Je vis de Lui.

 

Et quelque chose change.

 

Je ne pense plus à moi.

Je cesse tous ces retours sur moi.

Je ne me regarde plus.

Je ne pense plus qu'à Lui.

 

La solitude ne disparaît pas totalement.
Mais elle perd de sa violence.
L’intensité de l’amour vient prendre sa place.

 

Alors une joie naît.
Une vraie joie.
Discrète.
Sans éclat.
Sans ivresse.


Une joie intérieure, paisible, qui s’installe doucement et fait reculer

la solitude existentielle, relationnelle, fraternelle, et même religieuse.

 

Je me blottis encore.
Je berce l’Enfant.
Je m’oublie moi-même.

 

Je comprends alors que la solitude peut devenir : 

un chemin vers Dieu.
Une étable de la Nativité.
Une croix déjà plantée dans le cœur du Divin Enfant.
Une passerelle entre le Ciel et la Terre.
Un refuge possible.
Un sentier vers la Paix.

 

La vraie.
La paix intérieure.
Profonde.
Dépouillée.
Capable de coexister avec la douleur.

 

La paix et la joie intérieure demeurent, seuls rubis dans la grotte nue de Noël.
La paix et la joie qu’un sourire, parfois, laisse simplement deviner.

 

Noël n’ôte pas la solitude du monde. Il lui offre un lieu où se reposer.

 

 

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