Noël sous la pluie, sous la neige, et dans le Coeur

Noël sous la pluie, sous la neige,

et dans le cœur

 

 

Cette année encore, Noël arrive à pas feutrés, mais sur un sol détrempé.
Dans l’Hérault, l’eau est montée trop vite, trop fort. Des maisons ont été envahies, des routes coupées, des projets suspendus. Ailleurs, le froid s’installe, lentement mais sûrement. On parle d’un froid qu’on n’aurait pas connu depuis quinze ans. La neige s’annonce. Elle viendra peut-être recouvrir les paysages comme un linceul blanc, silencieux, presque irréel.

 

Et Noël arrive quand même.

 

Il arrive dans un décor que certains qualifieraient de « fin de monde ».
Les amis qui ne pourront pas venir. Les tables qu’on ne dressera pas. Les rues impraticables. Les sacs de sable à la place des guirlandes. Les bottes pleines de boue à la place des souliers vernis.

 

Alors une question s’impose, insistante, presque gênante :
a-t-on encore le cœur en joie pour la venue du Christ ?

 

Quand tout semble compliquer la fête, la ralentir, la contredire.
Quand la guerre en Ukraine n’en finit pas.
Quand des millions de personnes seront seules ce soir-là, et peut-être plus seules encore que les autres jours.
Quand la foi décline chez les uns, quand la peur progresse chez les autres.
Quand les menaces planent, quand des militaires protègent nos églises, fusils visibles, vigilance maximale.

 

A-t-on encore le droit de se réjouir ?

 

La neige, pourtant, arrive parfois comme une réponse qui n’en est pas une.
Elle tombe sans bruit. Elle n’efface rien, mais elle adoucit.
Elle recouvre sans nier.
Elle dépose une couche de silence sur ce qui criait trop fort.

Et si Noël faisait cela, lui aussi ?
Non pas résoudre.
Non pas réparer.
Mais adoucir.

 

La paix et la douleur peuvent-elles coexister dans un même cœur ?
Peut-on pleurer et célébrer à la fois ?
Porter le poids du monde et accueillir un enfant fragile, pauvre, presque invisible ?

 

À ce point précis, les questions affluent :

 

A-t-on le droit d’être heureux d’un événement spirituel plus intérieur qu’extérieur ?
La foi aide-t-elle à célébrer encore ce mystère, ou bien l’expose-t-elle à l’incompréhension ?
La louange est-elle bienvenue dans un monde blessé, ou devient-elle une faute de goût, un manque de solidarité ?
Garder son cœur en joie quand tout autour semble vaciller, est-ce bien raisonnable ?
Est-ce une forme d’égoïsme ?
Ou serait-ce, au contraire, un acte de résistance silencieuse ?

 

Quand des familles sont déplacées par les eaux,
quand d’autres grelottent dans le froid,
quand des soldats montent la garde devant nos églises,
a-t-on encore le droit de dire : « Quand même » ?

 

Quand même se réjouir.
Quand même allumer une bougie.
Quand même chanter doucement.
Quand même croire que l’essentiel ne se joue pas seulement dehors, mais aussi, peut-être surtout, au-dedans.

 

Noël n’a jamais été une fête confortable.


Il est né dans la précarité, la peur, l’exil, la nuit.
Et pourtant, il continue de venir.
Sans bruit.
Comme la neige.
Comme une paix fragile déposée au creux d’un cœur inquiet.

 

Et si, au fond, la question n’était pas : « Est-ce que tout va bien autour de nous ? »
Mais plutôt : « Où choisissons-nous de poser notre regard, ce soir-là ? »

 

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