Résigné… ou habité ?

 

Il y a une différence abyssale, et souvent mal comprise, entre se résigner à la volonté de Dieu et vivre dans la volonté de Dieu. La première posture est respectable, honnête, souvent héroïque. La seconde est déroutante, déstabilisante… et profondément libérante. Le Christ l’explique à Luisa avec une précision presque chirurgicale : le résigné est un bon fils. Il obéit. Il accepte. Il dit oui. Mais il reste devant la volonté du Père, pas à l’intérieur. Il fait ce que Dieu veut, tout en continuant d’agir avec sa propre volonté. Il obéit, mais il décide encore comment, quand, avec quelle humeur. Il est fidèle… mais pas unifié. Son amour est réel, mais intermittent, comme une connexion Wi-Fi un peu capricieuse.

 

Vivre dans la volonté divine, c’est tout autre chose. Ce n’est plus “je fais ce que Dieu veut”, mais “je ne sais rien faire sans Lui”. L’âme ne demande même plus d’ordres, parce qu’elle se sait incapable d’agir seule. Elle dit simplement : « Si tu veux que je fasse quelque chose, faisons-le ensemble, comme une seule personne. » Et alors, quelque chose bascule. L’âme ne vit plus à l’extérieur de Dieu, en face de Lui, mais en Lui. Cela reste un effort tout de même, le premier mouvement reste exigeant, (Ce qu'on appelle : un petit sacrifice, une mortification, un clou dans la volonté propre humaine). On n'aime pas forcément faire ce qui  nous est demandé, mais on le fait d'une toute autre manière.

 

Si le Père pense, l'âme pense avec Lui. S’Il aime, elle aime ce qu’Il aime. S’Il travaille, elle travaille dans Son travail. Même la souffrance change de texture : ce n’est plus ma souffrance offerte à Dieu, mais Sa souffrance vécue en moi. Dans ce cas-là, les vertus ne sont plus simplement humaines, courageuses mais fragiles : elles deviennent d’ordre divin, stables, paisibles, sans besoin de se regarder agir.

 

Prenons un exemple très simple : Un enfant à qui l’on dit : « Fais tes devoirs. » Premier scénario : il obéit par résignation. Il s’exécute, soupire intérieurement (ou extérieurement), regarde l’horloge toutes les trois minutes et se promet une récompense pour survivre à l’épreuve. Il fait le bien… en grinçant des dents. Deuxième scénario : le même enfant, un peu plus audacieux, dit intérieurement : « Jésus, fais mes devoirs en moi, avec moi. » Miracle discret : le devoir est toujours un devoir, mais l’ennui perd son pouvoir. Ce n’est plus une contrainte subie, c’est une action habitée. L’enfant n’est plus seul face à l’effort. Quelqu’un travaille en lui.

 

Version adulte maintenant : Parce que nous sommes très doués pour spiritualiser nos crispations. La vaisselle, par exemple. Version résignée : « Seigneur, je déteste ça, mais je t’offre ce sacrifice héroïque de trois assiettes grasses et d’une casserole brûlée. » Résultat : agacement, pensées parasites, auto-congratulation spirituelle discrète (“franchement, je suis quand même généreux”). Version dans la volonté divine : « Jésus, prends mes mains. Fais cette vaisselle en moi. Continue ta présence sur terre à travers ce torchon humide. » C’est exactement la même vaisselle. Mais intérieurement, quelque chose se détend. On ne discute plus. On ne négocie plus. On se glisse dans ce que Dieu fait, ici et maintenant. Et étrangement, le trouble, l’anxiété, l’irritation perdent leur carburant.

 

C’est là que tout change. Dans la résignation, je reste à l’extérieur de la volonté de Dieu : je la subis, je m’y conforme, je m’y plie. Dans la vie dans la volonté divine, je la laisse agir en moi. Chaque acte — spirituel ou banal — devient un lieu de communion. Non pas parce que je le rends sacré par un effort héroïque, mais parce que le Christ s’y sert de mon humanité. Comme le disait Élisabeth de la Trinité : « Que je sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout Son mystère. » Alors, après avoir tout fait, l’âme peut dire sans forcer l’humilité : « C’est Jésus qui a tout fait. Et c’est là mon bonheur. »

 

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