S’oublier pour laisser Dieu être Dieu
Les extraits du Livre du Ciel que je partage en audio m’ont profondément déplacée. Ils m’arrachent à l’obsession de moi-même. Il n’est pas question ici de mépris de soi, mais d’un renversement intérieur. L’âme qui vit dans la Divine Volonté ne cherche ni son intérêt personnel, ni même une sainteté qui lui appartiendrait. Elle cesse de se regarder, de se jauger, de se commenter. Elle s’oublie, non par indifférence, mais parce qu’un autre regard l’habite désormais. Là où disparaît la recherche de soi, la vérité peut demeurer.
Jésus nous est donné comme le modèle absolu de ce désintéressement. Il ne s’est jamais préoccupé de Lui-même. Sa vie entière fut un don sans retour, un mouvement continu vers le Père et vers les âmes. Je comprends alors que dès qu’apparaît l’intérêt personnel, même spirituel, la source de la vérité se retire. L’âme tournée vers elle-même doit avancer à la force de ses bras, se fatiguer, lutter, s’épuiser. Le souci de soi devient un obstacle permanent à l’œuvre de la grâce. À l’inverse, la sainteté dans la Divine Volonté est simple, fluide, libre de toute recherche de soi.
Ces textes nous déstabilisent profondément. Ils vont jusqu’à nous dire de ne pas penser à sa propre sanctification, de ne pas nous absorber dans la question de notre salut, de ne pas vouloir être l’arbitre de notre vie intérieure. « Par toi-même, tu n’es capable de rien », nous dit Jésus avec force. Je vois combien vouloir nous sauver, nous purifier, nous perfectionner par nos propres efforts peut devenir une manière subtile de gâcher Son travail en nous. Se taire intérieurement sur moi-même, renoncer à se scruter sans cesse, c’est laisser Dieu agir librement.
La Sainte Vierge invite Luisa à garder les yeux fixés sur Dieu présent au-dedans, et cet appel m’est aussi adressé. Tout est là. En regardant Jésus en moi, je comprends tout, je fais tout, je satisfais pour tous. C’est la vraie beauté intérieure : une vie attirée vers l’intérieur, non pour s’y enfermer, mais pour y rencontrer Dieu vivant. Fixer les yeux intérieurs sur Lui nous donne un pouvoir immense, plus fort que toutes les puissances humaines ou diaboliques, parce que ce n’est plus moi qui agis, mais Dieu en moi.
Ces extraits dénoncent aussi notre manie de l’introspection permanente : s’analyser, s’ausculter, revenir sans cesse sur nos fautes, notre misère, notre passé. Être occupé de soi-même, même sous couvert d’humilité, nous détourne de la mouvance de l’amour. Le travail de mon intérieur dépend de Dieu et non de moi. Cesser de penser à soi, c’est Lui permettre de s’occuper Lui-même de nos biens, de notre guérison, de notre croissance.
Enfin, l’appel est clair : ne pas s’attarder au passé, mais garder les yeux fixés sur Jésus dans le présent. L’attention au moment présent me maintient unie à Dieu et me protège de l’illusion et de l’égarement. M’oublier totalement devient alors le véritable amour, celui qui transforme en profondeur. Là où je disparais, Dieu resplendit. Et l’âme, devenue comme un soleil, ouvre dans les cœurs le chemin de la grâce
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