Extrait du Tome 12 du "Livre du Ciel" de Luisa Piccarreta :
Les fausses Saintetés
1.
Je voudrais parler aujourd’hui de ces fausses saintetés dont le Christ parle à Luisa, et qui me travaillent depuis longtemps. Ce sont des vies apparemment irréprochables : messe fidèle, rosaire quotidien, prières bien récitées, confessions fréquentes, accompagnement spirituel pour chaque décision. Tout est en place, tout est cadré, tout semble juste. Et pourtant… quelque chose sonne faux. Non pas dans les pratiques en elles-mêmes, mais dans ce qu’elles servent. Car ce que le Christ reproche à ces âmes, ce n’est pas leur zèle, mais leur absence de véritable souci de sa volonté. Elles cultivent une bonne conscience, une image d’elles-mêmes, une certaine vanité spirituelle, mais elles ne cherchent pas vraiment à aimer Dieu pour Lui.
2.
Je reconnais ces attitudes parce que je les ai vues à l’œuvre, parfois chez les autres, souvent en moi. Cela se révèle toujours de la même manière : à la première humiliation, à la première contrariété, au moindre empêchement, tout s’effondre. La paix disparaît, la révolte monte, la tristesse s’installe, et l’âme devient lourde pour elle-même et pour les autres. Alors je me pose la question que le Christ pose à Luisa : est-ce vraiment la volonté de Dieu que je cherche, ou bien l’amour propre déguisé, la volonté personnelle cachée derrière de beaux gestes religieux ? Ces pratiques peuvent être un premier pas vers Dieu, oui, mais elles ne peuvent pas être un lieu où l’on s’installe. Elles ne sauraient Lui plaire durablement si elles ne mènent pas à l’abandon.
3.
Le fruit amer de ces fausses saintetés, je le connais bien : le scrupule, l’enfermement, les retours incessants sur soi. Tout devient affaire de contrôle, de maîtrise, de performance spirituelle. L’âme s’englue dans son ego sans même s’en rendre compte. Or le véritable amour de Dieu commence exactement là où je cesse de me regarder vivre. Aimer Dieu, ce n’est pas d’abord vouloir, décider, organiser sa vie spirituelle ; c’est consentir à se laisser faire, à se laisser aimer. Bien avant que je fasse quoi que ce soit pour Dieu, Il veut pouvoir agir en moi. Et chaque fois que je multiplie les retours sur moi-même, je m’éloigne un peu plus de sa volonté.
4.
Il s’agit, au fond, de ne pas se tromper de porte. Personnellement, je dois sans cesse rester vigilante face à l’orgueil spirituel. Me demander : pourquoi j’agis ainsi ? Pour qui ? Est-ce vraiment pour Dieu ? Et j’ose le dire simplement : je préfère les âmes qui oublient parfois leur rosaire mais qui ont une vraie soif, un désir sincère, une bonne volonté. J’aime les catholiques qui « ne sont pas propres sur eux ». J’en fais partie. Il y a quelque chose de profondément juste à se voir petit, faible, imparfait. Dieu ne se scandalise pas de nos pauvretés ; Il se heurte surtout à nos illusions de sainteté.
5.
Ce n’est pas la perfection que je cherche désormais, mais l’amour. Tout le reste doit s’ordonner à cela. Thérèse l’a dit avec une clarté désarmante : « Il ne s’agit pas pour l’âme d’avoir des goûts spirituels mais d’aimer beaucoup». Tout est là. C’est ce que le Christ dit à Luisa Piccarreta, et c’est ce que j’essaie d’apprendre, lentement, maladroitement. Entrer dans la volonté de Dieu, ce n’est pas devenir impeccable ; c’est consentir à être aimé tel que je suis, pour pouvoir aimer à mon tour. Et cela change tout.
Ajouter un commentaire
Commentaires