De nos amours trop bas

De nos amours trop bas

 

J’ai besoin de déposer ma douleur dans l’écrin de Son Silence. À fleurs de Lui, j’espère le sommeil du désir, même les oiseaux ont besoin de se poser sur un fil.
Le cœur à la dérive, ma faim de repos fait le vœu de s’étirer dans son immensité. Que me font les mots, les pensées, le langage des bouches pris dans les tourments impossibles ?

 

Je veux placer ma douleur au goût d’infinité dans son coffre aux trésors. Les souffrances ne peuvent respirer en-dehors de sa douceur. Dans l’éclat de ses pupilles, les pierres en pluie seront polies par son regard.

L’âme en torsion dans les entrailles, je m’en irai dans l’espace d’une volière ouverte. À l’abri de ses barreaux, j’oublierai le monde des fermetures éternelles et le poison des esprits rebelles.

 

J’ai envie de fermer les volets de cette pièce transie par le froid. Il me faut la vigueur suave de son visage penché sur moi. Mes yeux ne sauraient regarder vers ailleurs, j’aurais plaisir à plonger dans sa chaleur.

Le Soleil brûle l’obscurité qui s’enfuit devant Lui, j’aspire moi aussi à lui offrir les blessures en pulsations. Il est bon de fuguer loin de toute inaptitude à aimer.

 

Je laisserais volontiers les nœuds étranglés dans la gorge serrée partir en papillons sur les pétales des fleurs. Je n’ai plus le cœur aux saisons pas plus qu’aux beautés temporelles au parfum de la mort.

Il me faut l’ivresse de son vertige, éloignée des pesanteurs partout, j’étouffe tant dans leurs décors usés.

 

J’avancerais sans me retourner vers les rejets d’antan, les adieux nécessaires et les trous dans la terre.

 

Je porte en moi les respirations des jours sans heures, du silence en mots, de la démesure outrancière. Une plume vogue dans l’air après les caresses trompeuses des douceurs acérées et des vœux en retard.

De la braise sous ma poitrine à la brûlure glacée, je m’en irais sur les traces des manchots dans le paradis blanc. Loin de tout, de ce qui mord et qui tue, je me coucherais sans retour.

 

Allongée dans le martèlement muet de ma désolation, je crierai : « Laissez-moi sortir, je veux m’allonger dans les bras de sa tendresse oubliée ».

 

J’écoute le grondement régulier des murmures endoloris, il me plairait ô combien de m’étourdir pour ne plus les entendre. Tout meurt un jour, je l’ai bien remarqué : des forces cachées jusqu’à l’usure de mes cadeaux enfouis.

 

Les larmes de la rosée se dissipent à l’instant sur les flammes, plus rien ne subsistera. Surtout plus ce qui me crève de sa pointe aiguisée.

 

Voilà, c’est décidé, pour un moment sans montre ni préparation, je naviguerai sur l’océan déchiré de sa Beauté Souveraine, sur les flots de son Amour plus haut que les nôtres.

 

Comme une barque à la dérive, je glisserai, puis, je me noierai dans ses profondeurs. Ce sera bon.

Pour un instant, pour un instant seulement. Infiniment souterraine. Infiniment aérienne.

 

Qu’importe après tout pourvu que ce soit loin, très loin.
De nos amours trop bas.

 

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