IL N'EN FUT RIEN
Je suis une pâquerette esseulée dans les herbes hautes, je rêvais depuis toujours des envolées à tire d’ailes comme les moineaux. Mais mes pétales ne peuvent réaliser ce prodige merveilleux sans risquer la mort assurée. Au cœur de ma corolle, j’ai cru, malgré les dangers de sa chaleur, que le soleil aux rayons me prendrait près de lui. Comme ça, juste après mon éclosion. Il n’en fut rien.
Je suis la rosée du matin qui tôt se dissipe traversée par la lumière. Le reflet du ciel en ma transparence forçait mon espérance, j’imaginais sans aucun mal atteindre sa pureté ravissante. Au cœur de ma clarté immaculée, j’ai cru, malgré l’ascension difficile, que l’infinie d’en haut me prendrait par un baiser. Comme ça, juste après ma naissance. Il n’en fut rien.
Je suis la caresse du vent qui danse au cœur des forêts. Mon souffle discret embrassait les arbres et les ombres, je songeais parfois au mystère de ces lieux habités. J’ai cru, par mes audaces venteuses que je connaitrai tout de ses secrets. Malgré ma tendresse, j’effeuille les chênes mais je n’ai pas encore percé son insondable grandeur.
Je suis le moineau des villes anonymes qui va et vient sur les gouttières des immeubles. Je désirais les migrations des étourneaux danseurs, les vols en planeur des grands aigles chasseur mais je dois sautiller le plus souvent sans espoir de partir à mon tour. Malgré mes talents volatiles, dans ce décor urbain, personne ne me voit, les têtes penchées sur des portables avaleurs de regards, je ne compte pour rien. C’est comme ça, juste entre deux écrans, j’ai attendu. En vain.
Je suis le chant du rossignol sur la plus basse branche du cerisier devant toi. Je m’égosille à surpasser les cantates des pinsons, les vocalises des merles ou la plainte courroucée des tourterelles en mal d’aimer. Peine perdue, je dois céder. Je songeais aux chorales des anges invisibles, tous en révérence devant le Divin trône, j’aurais aimé concourir avec eux déjà dans la demeure des cieux. Mais à moins de mourir, mon chant ne m’emportera pas jusqu’à eux. Il aurait fallu un miracle et je n’en ai jamais vu.
Je suis un cœur assoiffé d’une ivresse impossible à trouver. Je cherche parfois dans les âmes en quête tout comme moi. Mais je n’ai rencontré que des pâles copies, des grimaces imitées, des faux semblants, des mains fermées à toute offrande sans retour. Au cœur de cette vie insoumise à mes désirs, je voulais les grâces des ruisseaux où ressourcer mon être. Je voyais déjà le drapeau de la victoire au sommet d’une conquête achevée. Mais je n’avais pas compris qu’il n’y a pas de fin sur le chemin vers l’Amour.
Et c’est tant mieux.
Ajouter un commentaire
Commentaires