La Glace et le Feu
Quand dans une même journée, à quelques heures près, le quotidien prend des allures de rires et de pleurs, d’espoir et de mélancolie. Dieu que ces soubresauts de la vie sont un mystère !
Je marchais le long d’un chemin de crête, en équilibre, comme funambule à quelques mètres au-dessus du sol. J’imitais les oiseaux dans leurs voltiges. Puis, avec les écureuils fugueurs, je grimpais vers les sommets d’un sequoia invisible. J’aime tant les hauteurs.
La vie est ascenseur selon le temps et les rencontres.
Je ruisselais le long des pierres cachées d’une grotte souterraine, des larmes à peine audibles dans le creux de la terre, sans espoir de soleil. Puis, je dégoulinais en cascade tapageuse sur le fleuve en contrebas au milieu des prairies gelées de l’hiver.
La vie est escalade et chute, selon les heures et les secondes.
Je volais dans l’espace intérieur, entre l’attente et les frissons du désir, dans la suave étreinte d’une espérance retrouvée. Puis, je déployais mes ailes en arabesques insolentes sur les quais des rêves imagés.
La vie est drapeau qui se hisse et se pose, selon les rythmes et les saisons.
Je dégringolais sur les pentes des vertigineuses absences, un éboulis de cailloux comme avalanche inattendue. Puis, je sautais à l’aveugle dans le ravin du dessous au centre d’un pré solitaire.
La vie est danse qui palpite et se meurt, selon les cycles et les moissons.
J’avançais vers un demain qui n’osait se dévoiler, la brume dissipée au premier souffle de ma bouche sur la vitre embuée. Puis, je souriais aux anges cupidons ou gardiens de l’enfance, éveilleurs du-dedans.
La vie est une étoile qui gravite et s’enfuit, selon les nuages et les vents.
J’explorais les icebergs aux ours blancs sur des banquises improbables, la neige en pluie me saluait sur le pôle et ses extrêmes. Puis je croisais les phoques allongés dans leur joie, délivrés des chasseurs.
La vie est froid et chaud qui se croisent, selon les cœurs et l’horizon.
Je reste figée entre deux éléments. L’âme transie ne sait plus de quel côté tourner, on dirait que, engourdi, le feu ne tremble plus tandis que le froid ne cesse de durcir.
Le soleil a plongé. Entre la glace et le Feu, je crois que la fièvre m’a prise.
Je ne sais plus brûler.
Je ne sais plus que fondre.
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