Note : Tout ce que j'écris ne correpond pas forcément à ma vie personnelle.
DEHORS
Les roses ont perdu les épines et leurs tiges en fuseaux sont devenues inoffensives. Les renards ne sont plus apprivoisés que dans les contes. Les fenêtres elles-mêmes ne laissent plus passer le soleil : il n’y a plus de rayons lumineux pour les traverser. Le bitume en larmes n’éclabousse que les caniveaux et les voitures sans nombre défilent dans un cortège funéraire.
Les arbres, isolés sur leur parterre grillagé, font pénitence entre deux souffles d’air et trois averses. Les tuiles des toits roses dévalent leur pente sans un bruit. Les feuilles, absentes, envolées depuis longtemps, ont cessé de danser. Les rivières s’étirent sans leur chant de gouttes extasiées
.
Rien ne dit, rien ne va. Tout est fade sous la langueur des jours sans but, ni drapeaux. Pas plus de joies que de peines. Ou plutôt : aucune joie.
L’air est au tragique. Les couleurs délavées de l’espace ne crient même plus. Les murs gris des immeubles, sans force, s’élèvent sans raison. Rien n’a de sens. Tout glisse.
Pas de rires ni de sourires, pas plus que de ruisseaux facétieux ou de regards heureux. Tout se couche, allongé dans la boue liquide d’une saison affreuse, comme les égouts de sortie. Les larmes reflètent entre leurs sanglots ce monde tétanisé par la froideur des cœurs et des rancunes.
J’ai même vu sourire la vitrine ébréchée d’une boutique en deuil. Les pieds passaient sans entrain, les manteaux sombres, en verticale, tels des rideaux fermés sur le spectacle du soir. Les marionnettes, au fond des tiroirs, hibernent avec l’enfance tandis que les écrans gémissent à longueur de regard et d’horreurs. Les livres endormis sur les étagères croupissent sans l’espoir d’un réveil.
Les tableaux aux murs, maquillés d’invisible, restent suspendus par le dos. Les chaises vides frémissent, assises dans leur désolation. Les vases ne sont plus fleuris que par l’absence. Les rues s’esquintent dans leur marche morose. Les cieux écrivent, avec leurs nuages indélébiles, l’alphabet de nos blessures.
L’incomplétude ruisselle de partout, devant, sur les côtés, derrière, comme une plaie ouverte que rien ne guérit. Les âmes malades rampent au sol au milieu des espoirs déçus. La lenteur s'installe dans la ville aux boulevards bouleversés.
Pour pleurer, je n'ai plus que mes yeux sous mes paupières blessées.
Le vent parfois s’affole. Je l’entends hurler sa douleur. De mes cicatrices à mes rides, rien ne diffère. La fatigue seule emporte avec elle bien plus que les chimères et les rires d’antan. Elle voyage entre béances et fêlures.
La nature, ivre de ses pertes, courroucée par nos finitudes, se meurt devant moi. Dans son dénuement, elle porte le poids de nos fragilités que plus rien ne rejoint. En mon exil intérieur, je bois à la fadeur de nos déséquilibres. Tout nous désaccorde, tout nous abîme, tout nous bouscule. Rien n’assouvit.
La beauté n’écrit plus de poèmes. La musique, en crépuscule, s’en va mourir dans la monotonie des heures.
Ce n’est plus le monde qui s’éteint, c’est l’Amour.
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