Sous le Ciel qui sait

Preuve de dépôt sur Pochade

Sous le Ciel qui sait

 

J’ai retrouvé mon île. Vous savez, celle dont je parle souvent. L’intérieure, l’exilée en terre inconnue. Quelque part entre ici et ailleurs, à cheval entre absurdie et non-sens.

J’ai retrouvé mon île, elle flotte sur la mer ; ce n’est pas l’eau qui mugit et la terre qui chante, c’est l'inverse. Ce petit bout de jardin esseulé s’en va à la dérive, elle glisse sur les vagues contraires, elle voyage et nul ne sait la rejoindre.

 

Abîmée entre le ciel et l’air, elle avance sans bien connaître le chemin, lui qui se joue de ses errances. Qui pourrait dire la longueur monotone des jours en carence ou le clair-obscur d’un soleil en fuite ? Qui peut conter le chant étranglé des pensées solitaires ou les battements sans écho ?
Qui peut comprendre la grandeur des joies souterraines qui ne réjouissent personne, ou embrasser avec elle, de la pointe de son sommet, la voûte céleste aux mille étoiles, tout sourire au milieu de leurs larmes ?

 

C’est une terre étrangère à l’étrangeté de ce monde, une terre égarée dans les méandres des autres, une incomplétude infinie qui cherche l’Éternel Amour. L’absence est son amie, le vide en son vertige parfois l’appelle ; elle l’écoute puis plonge avec lui où nul autre ne l’accompagne. Il est des abysses où les oiseaux seuls peuvent se rendre à tire d’ailes, il est des plages désertes dont le vent ne balaie que le sable, sans pas ni traces.

 

J’ai retrouvé mon île habitée par les mots enchanteurs, les présences mélancoliques, les invisibles, les manques intenses et la danse des tilleuls en mal de paix. Elle est là, tellement là, entre passé et présent, si près du silence et des murmures, des râles et des cris, des fleurs ouvertes et des bourgeons qui ne peuvent fleurir.

 

J’ai vu passer les nuages comme foulards au fusain dans le ciel métallique. Les feuilles automnales recouvrent la terre de leur fièvre, tandis que les merles noirs perdent leur voix. Une île tremble, vêtue de brouillard ; la rosée partout se dépose comme si chaque jour n’était qu’une aurore sans fin.

 

L’onde de l’amour ne réjouit plus son âme, depuis longtemps déjà. Elle sait. De son mal incurable, elle ne peut guérir qu’avec les mots de papier. Les lettres forment des origamis qui virevoltent dans l’espace inhabité, elle les observe en liberté tout le long des rochers.

 

Je sens la chaleur de sa source chaude. Enfin, elle est plutôt rivière, on dirait une flèche liquide à la pointe acérée. Elle atteint le centre puis recommence comme un jeu indicible dont nul ne connaît les règles.

 

J’ai retrouvé mon île perdue dans l’océan. Seule. Parsemée de trous, de bosses et de creux. Habitée cependant par une partition que tous ignorent si ce n’est, peut-être, tout là-haut. Enfin, elle espère. Elle n’est pas toujours très sûre. Tout est si fragile quand on vit sur une île, quand on est une île. Une île unique sans doublon ni résonance.

 

L’onde de l’Amour frissonne quelque part. Le phare a perdu sa lumière. Les bateaux ne viennent plus. Que voulez-vous, c’est une île à part, quelques envolées vont et viennent mais jamais ne s’y posent.

Elle existe…Et le ciel, lui, le sait.

 

 

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