Le bilboquet

 

Quand la douleur emporte sur ses ailes, on dirait une brassée d’étourneaux. Ils vont et viennent en un ballet improvisé. J’ai beau détourner les yeux, mon cœur vibre avec eux, moi qui ne sais pas danser.

 

Quand le bilboquet tente en vain ses exploits répétés, on dirait les coups martelés d’un jeu d’enfant sans âge. Il recommence encore et encore. Ses élancements frappent au-dedans avec une telle ténacité que mon être s’unit à lui, moi qui ne sais pas jouer.

 

Les étoiles fatiguées crient sur le ciel en deuil, on dirait les paroles décousues d’une bouche invisible. Elles hurlent dans la nuit esseulée. Leurs mots résonnent dans le noir, même pour moi qui ne sais plus crier.

 

D’où vient la lumière quand les fenêtres sont fermées ?

Et qui sonne le glas lorsque les cloches sont tombées ?

 

Il ne reste plus que des ailes, un bilboquet d’antan et des astres criards.

 

J’entends les ritournelles d’une corde à sauter dans les mains d’une fillette, sa robe qu’elle fait tourner, « regarde maman ! ». Elle sourit à la vie qui se lève. Ses rires candides montent en ce mois d’avril, je les attrape au vol, moi qui ne sais plus sauter.

 

L’écho de l’hiver au trépas s’éloigne d’ici pour hiberner là-bas. Ses dentelles glacées feront la joie d’autres contrées. Il tressaille encore quelquefois le soir. Sa neige et ses vents balaient les trottoirs, je les regrette déjà, moi qui n’aime pas le froid.

 

L’arbre se plie sous la tempête, il s’essouffle sous le poids de ses gémissements. Sa voix rauque se brise à terre. Il s’époumone du malheur du monde. Ses bourrasques, ses élans dévastateurs, je les envie, moi qui ne sais plus courir.

 

Il ne reste que des jouets du passé, un souffle inutile et des arbres pliés.

 

Combien de temps avant que le printemps reparte ? Ses fleurs, ses prairies rieuses et ses sourires me donnent la nausée. C’est en vain qu’il cherche à me rejoindre.

 

Il me reste l’espoir d’un automne en crépuscule, aux allures lumineuses sous le ciel endormi, son tocsin défenseur de solitude et ses crampes humides.

 

Que me font ces bourgeons, ce soleil revenu, ce ciel bleu tapageur ?

 

Il reste tant de feuilles mortes sur les sentiers des forêts…

 

Et les palpitations d’un bilboquet usé.

 

Tout ce que j'écris n'est pas forcément le reflet de toute ma vie intérieure....

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.