Je suis montée à la Cathédrale. Les pavés des ruelles rendaient ma marche difficile. Essoufflée par la rudesse des pentes, j’avançais comme je pouvais sous le soleil du printemps tout juste né.

 

Je suis allée tout droit vers le clocher. Comme un phare dans l’océan, j'avançais, le regard fixé sur lui.
L’ascension s’avérait périlleuse pour un cœur en mal de hauteur, si peu habitué à l’espace ouvert, immense comme le ciel.

 

J’escaladais les rues désertes. On aurait dit que je me hissais tout en haut d’un mât de bateau. Celui qui flotte sur la mer. Celui qu’on voudrait diriger mais on est si maladroit et je n'ai jamais eu le pied marin. 

 

Je grimpais maladroitement. Je le désirais tant, ce crescendo de soleil, cette élévation vers le sommet. Alors tant pis pour mon allure.

 

Je voulais me rendre près du Bon Dieu aux mille dévotions, entouré de ses myriades d’anges.
Ce Bon Dieu dont on dit que la mère est si belle.  Il parait même que, si on la voyait, rien qu’une seule fois, on voudrait mourir pour la revoir.

 

Je ne sais comment j’ai pu y arriver, mais j’ai atteint cette cime de pierre.

 

Je suis montée à la cathédrale, revêtue du manteau des intentions confiées à mon humble prière. Chargée de voix invisibles, je les portais avec tous les espoirs possibles. Mon dos courbé sous le poids des confidences, mes pieds trouvaient leur élan dans les larmes tues, les cris retenus, les tourments sans nom.

 

Je n’avais pas le droit de m’arrêter.

 

Malgré la pesanteur de mon corps fatigué, plus que je ne l’aurais cru, je gravissais les marches imposantes de l’entrée.

 

Il le fallait. Portée par une foi plus grande que moi, j’aurais continué, même de nuit, même accablée.
Les appels du cœur sont des impératifs. Toutes ces espérances greffées à mon âme silencieuse, toutes celles que j’avais écoutées, je devais les déposer.

Elles avaient la forme d’ailes brisées, de chagrins cachés, de tragédies accumulées, de sourires perdus.

 

Arrivée à hauteur du Divin qui m’attendait là-haut, j’ai posé, avec mon sac plein à ras bord, mon cœur appesanti.

 

Dans le silence, j’ai placé un cierge. Une flamme vive, comme ce qui brûle en nous. Là, au pied de l’autel où les anges murmurent nos prières et nos blessures secrètes.

 

Je suis montée à la cathédrale. Je devrais plutôt dire : je suis descendue dans le tréfonds où Dieu écoute, là, au sommet de nos êtres mendiants.

 

Je suis montée ou je suis descendue… qu’importe...

 

J’ai prié pour vous.

 

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