Le Soleil ne jalouse plus mon écriture

Le Soleil ne jalouse plus mon écriture

 (Partie 2)

Installée de nouveau près de la fenêtre que le soleil traversait avec puissance et fierté, j’espère cette fois, pour de bon, parvenir à écrire quelque chose de plus qu’hier. Je ne sais pas, est-ce que l’inspiration viendra sur son cheval blanc ? N’est-elle pas semblable à lui, le plus fougueux, le grand majestueux, l’indomptable que nul n’apprivoise sans l’effet de la grâce et de ses murmures ?

 

Je regarde de nouveau devant moi, les mêmes toits de tuiles et quelques cheminées, les mêmes arbres ébouriffés par le vent chahuteur, quelques mésanges posées sur un gros fil étendu entre deux maisons. Je me dis que même avec effort, je sais qu’il serait peine perdue que je m’essaye à cet exploit. Pourtant, à bien y penser, ne serions-nous pas, tous, un peu funambules ? Il me semble que oui, mais nous n’avons pas l'agilité des oiseaux. Tout est là.

 

Nous oscillons souvent entre deux choix, deux chemins, deux musiques. Est-ce que diriger sa vie demande autant d’adresse que les petites bêtes en équilibre ? Ah, l’équilibre, n’est-ce pas une illusion que de le croire possible en ce bas monde ? Je pense que oui, je peux me tromper bien sûr, mais enfin, où est cette juste mesure de la justice, de la paix ou de l’amour ?

 

Ah si, je le vois uniquement lorsque je regarde vers le haut, vers ces petits acrobates assis sur les câbles. Seraient-ils connectés à ce qui nous dépasse ? Peut-être. Je l’ignore. Si, je le sais,  je crois que tout est ordonné vers le haut, tout est vertical. C’est juste que nous ne le savons pas.

 

Les feuilles du peuplier s’agitent sans trêve aucune, le lierre est en pleine croissance, la fenêtre, aujourd’hui, sourit à ma venue. Ma compagnie lui fait plaisir, je le sens bien. Mes plantes aussi qui s’exposent aux rayons de l’arrogant solaire. Ah, comme il est beau ce soleil ! Ses rayons, sa chaleur, son impertinente lumière ! Autant la veille, il hésitait à rester près de moi, autant, maintenant, il inonde tous les recoins aux alentours. Finalement, je ne lui en veux pas pour son humeur de la veille, après tout, chacun a bien le droit d’être changeant. On dit même que « seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis ». Peut-être bien.

 

Il me regarde taper sur les touches de mon clavier, je crois deviner qu’il ne me jalouse plus. Au contraire, il se régale à ma vue, il pense sans doute qu’il gagnera en célébrité si j’arrive à écrire quelque chose. Je vous le dis tout bas, pour ne pas qu’il entende : il se berce d’illusions. La gloire n’est rien, pas plus que la vaniteuse espérance d’être reconnue. Il serait plus judicieux de couronner tous les petits, les inconnus, les prières secrètes, les humbles travaux, tout ce qui va son chemin, sans se faire valoir. Tout ce qu’il y a de grand dans ce monde, de plus sage et de plus beau, le plus souvent, se fait sous le manteau du silence, dans l’anonymat, dans l’écrin secret du véritable Amour.

 

Quand on aime, on ne fanfaronne pas.

 

Bon, je viens de surprendre la fenêtre en train de jeter un coup d’œil à mon écriture. Elle constate avec moi que, comme ce dimanche, nous sommes lundi, je n’ai rien écrit qui ressemble de près ou de loin à une nouvelle, à une histoire trépidante avec des zigouilleurs, des flingues, des morts partout sur le sol. Oui, je vois bien qu’elle trouve le tout sans grand suspense. Sans grand intérêt non plus.

 

Je vous le dis, elle n’a pas tout à fait tort. Ni tout à fait raison non plus. J’écris une ode à la banalité, à la transparence invisible, au quelconque, au quotidien. Rien de très palpitant. Enfin, c’est à vous d’en juger…

 

Je n’ai fait qu’écrire la vie du moment présent, là, tellement là, sans effort, sans compréhension, sans explications, sans raisonnement…

 

La vie, quoi…

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