Droits d'auteure protégés - Preuve de dépôt
J’agiterais le roseau sur la rive d’un fleuve, entre les joncs, les chardons et les hautes herbes. Ma parole serait le vent, sans syllabes ni sons, juste mon souffle à la tendresse suave.
Plus de mots, plus de paroles ni verbiage, seul le bruit discret d’une légère brise.
Je jouerais avec les feuilles des arbres, entre l’espace immense du ciel et la terre où s’enchevêtrent les racines. La grâce de mes doigts invisibles s’amuserait, j’en suis sûre, à décoiffer la chevelure des forêts.
Sans langage ni mensonges, juste la respiration d’une enfance insouciante.
Plus de mots valises, de gros mots, de mots clés. Juste la joie innocente d’un baiser venteux, sans public ni jugement.
Je sifflerais les jours de décembre, entre le gel et les congères, tremblé dans les frissons de l’hiver. Je me poserais, tout rouge, sur les joues des gamins facétieux, amoureux des bonhommes de neige et de leurs mains glacées.
Toujours sans mots inutiles, ni demi-mots, ni mots mystère. Rien que la transparence de l’eau dans ma fraîcheur et les étoiles en flocons tombées d’en haut.
Je sauterais de branche en branche comme un écureuil intrépide, entre les toits et les rues pavées. Que m’importeraient les pensées des autres, du moment que j’avance à la vitesse qui me plaît.
Sans discours, ni jeux de mots, ni sous-entendus. Je désirerais l’inertie des pierres, la ronde des tournesols, les larmes d’une averse, les cris des boutons d’or, la gifle des orties, la plainte des vagues et l’anonymat des sentiers perdus.
Toutes ces phrases vaines, ces citations sans but, ces ivresses égotistes, ces vertiges, ces gloires éphémères : autant de vides, autant de résonances creuses.
Je poursuivrais la course des éclairs les soirs d’orage. Je me blottirais derrière le rideau noir d’une éclipse, à l’abri des regards, dans les aurores du printemps, dans les yeux bavards d’un poème d’autrefois.
Pitié, plus de phrases, plus de voix tapageuses, ni ordres péremptoires, ni débats, ni querelles.
Je balancerais les tiges des roses épineuses au cœur ouvert. Je danserais avec les pâquerettes à ras du ciel. Je diffuserais la musique du soleil, les harmonies des rivières en sourire sur les cailloux de leur lit.
En un mot, je garderais le silence bavard, sans fatiguer l’âme ni la vie.
Tous ces mots voyageurs à la vitesse de l’ego, les cruels ennemis du calme.
En un mot. Plus de mots.
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