Droits d'auteure protégés - Preuve de dépôt
Au même endroit
« Elle parle tout le temps du Bon Dieu. »
Elle a dit cela à une voisine que je ne connaissais pas.
« Elle parle toujours de son écriture. »
Elle a dit ça, comme ça, sans bien se rendre compte.
" Elle se répète toujours avec ses bondieuseries. »
« Elle ne pense qu’au Bon Dieu. »
« Elle est dans sa bulle. »
« Y’a qu’ça qui l’intéresse ! »
Elle a même ri, comme si tout ça portait à rire.
Elle a parlé sans penser à mal. Elle pensait même me rendre service en me présentant à l’autre.
Sans me demander si j’étais d’accord.
Toi qui parles de moi comme si tu me connaissais mieux que moi, tu te trompes.
Je suis bien plus que ça.
Je suis la bavarde des affaires du ciel, l’accaparée par l’Éternel, la complice des mystères, la grotte cachée blottie dans l’invisible.
Je suis avec les petits moineaux qui chantent leur office sur un fil, un matin de printemps, avec les arbres échevelés dans la brise du soir, avec les gouttes de pluie sur le bitume qui diffusent leur parfum humide.
Je suis là et puis je ne suis pas là.
J’habite ailleurs et puis au même endroit que toi.
Tu es dans le cercle, je marche sur le contour.
Tu vis dans la foule des idées, je m’en vais dans les recoins de solitude. Tu ris, tout occupé de ton spectacle, je me retire derrière le rideau de mes poésies. Tu discutes avec les gens, j’écoute la mélodie de mes plantes et le sourire des mésanges.
Je ne suis pas mieux. Tu n’es pas moins.
C’est juste que je vis près de toi, mais pas au même endroit.
Tu es à l’endroit du canevas, je suis dans l’envers, emmêlée dans les fils.
Tu comptes les heures, j’oublie même qu’elles existent et qu’elles s’en vont. Tu sais tout mieux que moi du monde et de son épopée. Moi, j’avance dans cette existence sans bien m’en revêtir, ni par la manche ni par le col, comme dans un manteau trop grand.
Tu es ce que tu es.
Je ne suis que la bulle qui surfe sur le vent en direction de l’Infini, dans le décryptage des hiéroglyphes ordinaires, dans la majesté du silence.
Je cherche l’air, celui qui traverse l’être sans l’abîmer, celui qui donne la joie de vivre.
Le Divin me respire, là, quelque part, ici, maintenant, partout.
Au fond de moi.
Je marche vers l’amour qui s’enfuit, vers l’océan sans rivage.
Et puis vers l’autre, en apparence tout comme moi.
L’autre, mon égal.
Un grand mystère.
Un étranger.
Un intrus.
Si différent.
L’autre qui vit où je suis sans être avec moi.
Comme un roi mage sans couronne cherche toujours l’inaccessible étoile, je vais vers l’autre comme en terre inconnue.
L’autre qui vit où je ne vis pas, au même endroit.
Pour toujours avec l’autre, mais là où je ne suis pas.
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