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La tendresse touche le noyau de notre être, en sa substance première, dans ce lieu vierge de toute malice. Elle arbore ses pétales en ailes de colombe, son parfum délicat se pose sur les pierres de nos sentiers.

Elle chante plus haut que les oiseaux frimeurs au matin du printemps, sans gêne ni fausse pudeur. Elle a le goût des regards d’enfant devant le sapin de Noël. Elle est si belle, la tendresse.

Je la vois parcourir des milliers de kilomètres, comme les nuages devant ma fenêtre. Quelle voyageuse infatigable ! Rien ne semble la gêner, ni le vent, ni les nuages noirs, pas même la pluie mélancolique sur les trottoirs des villes.

Elle court, elle vole, elle se pose, étourdie par ses danses et ses jeux rocambolesques.

Elle est un chasseur d’étoiles, un prisonnier avide dans notre âme à perpétuité, une étincelle qui ne s’éteint jamais, même par temps de larmes ou de dépit.

Elle m’entraîne plus haut, plus loin, plus fort, vers l’invisible de ta peau, dans l’absence d’un ami, dans le cœur du tournesol tendu vers le soleil. Elle secoue mes automnes dans les feuilles de mes années solitaires.

Elle nous immerge en sa candeur et dans son océan de grâce. Effusion de l’Esprit, elle est toute-puissante sur le cœur malade, victorieuse de nos geôliers, de nos empêchements, libératrice de nos blessures.

Elle s’éclipse en amusement derrière le rideau noir de nos cache-cache indécis. Parfois, je crois la deviner, mais, comme un papillon rapide, elle disparaît aussitôt de ma vue, comme si elle me refusait sa joie, sa présence ou sa douceur.

Sitôt qu’elle pourrait s’offrir, la voilà repartie à survoler d’autres contrées que la mienne, quelque part, derrière d’autres maisons.

Ce n’est pas grave. Malgré ses soubresauts, son humeur lunatique, elle continue de chasser sur mes terres pour voir, on ne sait jamais, si je pourrais la donner ou bien la recevoir.

Je la reconnais toujours, mais ma maladresse est une gifle sur sa joue docile, une moquerie à son humble grandeur. Je ne la salue pas tout le temps ; il m’arrive même de la rejeter.

Mendiante de nos mains, de notre cœur ou de la lumière de nos pupilles, la tendresse nous cherche et se déguise. Oui, elle se change en cosmos ravissant, en enfant danseur, en entrechats sur la scène de nos indifférences. Je finirai par la voir, peut-être même par la toucher du bout des doigts ou de mes lèvres.

La tendresse, dans l’immobilité de nos solitudes infondées, je l’entends pleurer quelquefois : autant de larmes que de désirs, autant de faims que de silences.

La tendresse nous manque. C’est pour ça, oui, c’est pour ça, que je la désire autant que la lumière le jour, autant que les implorations angéliques, autant que toi qui es parti, autant que la vie qui nous aime bien plus que nous ne l’aimons.

La tendresse est un refuge exigeant. En sa cabane esseulée, je veux la rejoindre, me perdre en son invisible constance, dans son offrande du Divin.

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