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Un papillon sur un pétale d’Iris
J’ai regardé derrière moi, au loin, je ne pourrais évaluer la distance, pour l’esprit, tout prend vie. Ce que j’ai vu changeait de couleurs selon les bourrasques intérieures, avec un peu de réflexion, les paysages variaient, un moment en automne, où tout se meurt, tandis qu’à un autre, les bourgeons éclataient sous le soleil rieur.
Comme c’est étrange cette propension à se projeter dans le lointain, dans les années écoulées d’une vie qui s’enfuit, cet art à la fois si nécessaire et si futile. À quoi donc peut me servir ces voyages vers hier ? Bientôt emmêlée dans les aiguilles de mes horloges du dedans, je tomberais sur les chiffres éphémères, victime de mes propres marches arrière.
Puis, enfin, parce que… je ne sais pas à vrai dire. J’ai regardé ensuite droit devant, l’horizon se couvrait d’un nuage noir, si sombre que même une éclipse brille davantage comparée à ce ciel endeuillé. Je n’apercevais que les morts à venir, les courbatures des regrets, les grimaces de la solitude. Rien ne souriait dans l’espace de cette période encore absente de mon présent.
Qu’il est facile de plonger dans les abysses du désespoir ou de l’optimisme béat. Il suffit d’un coup d’œil, que dis-je, d’une demi-seconde volée à la course du temps, et nous voilà ballottés entre souvenirs et projets, entre les toits de chaume ou de tuiles, de verdures ou de cendres.
Que vaut la vie sans se perdre de vue par l’amour, sans disparaître dans le silence d’une tendresse qui n’a plus besoin de mots pour se dire ? J’aimerais devenir le papillon posé sur le pétale d’un Iris, juste pour sentir la rosée sur mes ailes de trois jours à peine, puis muer dans la peau de la chenille. Juste avant, celle qui rampe à terre pour m’entraîner de découverte en découverte sur l’infini minuscule plein de trésors inattendus, invisibles, ceux qu’on ne soupçonne pas, ni par la vue ni par nos pas.
J’aurais fière allure entre le haut et le bas, entre la rapidité d’un envol et la lenteur d’une randonnée difficile, entre les yeux d’autrefois et ceux qui jamais ne me trouveront. Ni de près ni de loin.
Seul Dieu regarde avec droiture notre passé, qui peut juger de nos échecs ou de nos réussites, de nos avancements ou de nos retards ? Si petites nos pensées, si étroits nos sentiers. L’oubli de soi ne s’impose pas, ni par force ni par volonté, il est le fruit d’une bonté qui surpasse toutes nos hypothèses, nos décisions, nos rêves aussi.
Oui, je ne désire plus de ces voyages en déséquilibre entre ce qui fut ou ne sera jamais, entre ton absence et la velléité des années qui me restent. Je ne souhaite plus que l’aveuglement de l’Amour qui se perd dans le regard de l’autre. Sans retour sur soi, sa vie, ses peines ou ses joies.
Je rêve d’une éternité déjà là, dans l’Amour retrouvé, infiniment présent, offert. À chaque instant.
J’ai regardé derrière moi, j’ai eu tort. Je ne veux plus rien regarder du tout. Que vienne l’amnésie de soi…
… comme le papillon sur un pétale d’Iris.
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