La Beauté nous appelle

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La Beauté nous appelle

 

J’ai vu les notes de musique s’envoler dans le cercle brillant de tes pupilles, elles couraient vite entre deux respirations pour rejoindre l’espace. Les arpèges facétieux se dépêchaient, le temps d’un violoncelle acrobate près des touches d’un piano volage.

J’ai entendu les ailes des oiseaux fébriles dans la mappemonde de mes souvenirs, ils virevoltaient encore, comme si le temps n’avait pas arrêté le vertige des aiguilles, comme si, étourdis par les jours, ils continuaient leurs envolées sans se soucier de mes peines.

J’ai écouté les cordes de la harpe vibrer dans les silences d’une liturgie intime, elles résonnaient sur le contour de la nuit étoilée, là, à l’instant du sommeil, ce moment où la garde des soldats s’en va, où les boucliers sont rangés dans une pièce à part.

J’ai senti l’odeur des fleurs quand le chef d’orchestre a dessiné des arabesques avec sa main, leurs fragrances embaumaient mon cœur plein d’un désir méconnu, rempli pourtant d’une soif d’absolu. Les roses ne vivent jamais sans épines même au cœur d’une symphonie printanière.

J’ai goûté à la saveur des amitiés fugaces, comme la rosée du matin. J’ai écouté la merveilleuse psalmodie des petits animaux juste avant leur départ, dans leur partition solitaire, ils rejoignent mon île intérieure, la demeure des uniques, des êtres toujours sur le côté. À cet endroit qu’aucun ne peut connaître, hormis sans doute le Divin.

J’ai humé le parfum des lys sur les archets violonistes, posé près d’un triangle lyrique qui ne sait pas que les bémols existent, avec leurs corolles offertes, elles m’ont aidée à oublier les chagrins de nos vies. Tournées vers le soleil, amies des tournesols, elles ont l’attrait du ciel, tout comme les harmonies d’un Adagio magnifique.

J’ai admiré la beauté qui nous mène à la Divinité dans ces mélodies majestueuses aux ailes d’ange. Elles nous emportent plus haut que nos pauvres chansons, là, dans un trou de lumière, bien au-dessus des nuages. J’ai eu l’impression de trouver l’origine et la fin de toute notre existence, un début de transcendance.

Que vienne la paix dans ce monde fatigué que vienne la joie dans les âmes blessées, la Grandeur nous attend, elle qui nous emmène quelquefois dans les ivresses d’un violon ou d’une flûte, dans la grâce des pâquerettes ou des boutons d’or.

Je m’agenouille sur la scène des clefs de sol avec un diapason, je rends grâce pour tant de beautés qui nous entourent, chef-d’œuvre du vivant, écho d’un Amour toujours plus grand que nous.

Écho d’un Amour qui nous appelle et nous attend.

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