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Une fleur de liseron

 

Avez-vous remarqué ces petites fleurs de liseron, toutes blanches, qu’on voit partout en ce moment, pour peu qu’on porte attention à la nature environnante ? « Des mauvaises herbes », « ce sont de mauvaises herbes  !», me répondent les gens.

Les tiges de ces fleurs s’enroulent autour des grillages, des buissons ou des pelouses. Elles s’étirent, tout comme nos peines ou nos joies, comme les heures lorsque l’amour nous manque.

J’ai considéré la pâleur immaculée de ces petites impertinentes, là, tout au bout de leurs grandes jambes ; elles s’offraient à mon regard inquisiteur, affamé de beauté au milieu de ce monde usé. Je n’ai pas pu résister, malgré leurs impétueuses discussions, je ne les ai pas écoutées, j’ai cueilli l’une d’entre elles, puis je l’ai contemplée.

Son cœur formait comme un puits de lumière entouré de parois neigeuses aussi fines qu’une aile de papillon. Vexée de mon audace, elle refusait de rester entre mes doigts, agitée par le vent moqueur, elle tentait tant bien que mal de m’échapper.

J’ai tenu bon et ne l’ai pas lâchée. Alors que je poursuivais en sa compagnie ma promenade, à un moment donné, j’ai tourné à droite pour me rendre sur un ponceau de pierre, juste au-dessus de la Loire. Le soleil éclaboussait de rire les galets et les joncs, les poissons à la surface de l’eau et même les piliers en haut desquels je me tenais bien droite.

J’ai dit au revoir à la rebelle en liseron. D’abord, jetée du haut du pont, elle a voulu me faire croire qu’elle n’avait pas le vertige. J’ai bien vu que ce n’était pas vrai. Elle tournoyait sur elle-même, comme si elle voulait imiter les arabesques des hirondelles, mais, malgré tous ses efforts, elle n’avait pas leur talent. Ensuite, la voilà qui, portée par le vent, tout essoufflée de se débattre, se laissa aller à une valse improbable. On aurait dit un cerf-volant ou mieux encore une montgolfière. Oui, je préfère cette dernière parce qu’il y a du feu dedans.

Une fleur de liseron au cœur de flamme, qui brûle juste au-dessus de l’eau, belle voyageuse arrogante qui se prenait pour un moineau, avez-vous déjà rencontré des âmes effeuillées, danser dans l’espace sans vertiges ni émois ? Je n’en connais pas. Nul en effet n’échappe aux ardeurs de l’été pas plus qu’aux chutes épouvantes.

Je l’ai vue se poser étourdie sur la rive docile. Elle m’a regardée d’en bas, tandis que d’en haut, je croisais son œillade. Elle ne formait plus qu’une minuscule tâche très pure au milieu de la verdure. Sans regret, bien qu’un peu honteuse de cette envolée à laquelle je l’avais contrainte, j’ai poursuivi ma balade.

À ce moment précis, j’ai surpris un lézard minuscule qui courait sur la pierre juste devant mes pieds. J’ai stoppé net. Il tenait dans sa gueule un petit ver. Je crois que c’est la première fois que j'en rencontrais un en tenue de chasseur. D’ordinaire, ils gambadent sans intérêt pour rien, hormis celui d’exposer leur corps à la chaleur du sol.

Celui-ci cherchait à se nourrir. Il avait faim, je le devinais à son rythme cardiaque, sa peau se soulevait comme un tambour affolé de chaque côté de sa courte tête en fuseau. Monsieur avançait bien plus vite que moi, déterminé à trouver une planque pour cacher son trésor. Je l’ai vu se faufiler dans l’interstice d’un gros caillou. Pas de doute, j’avais affaire à un expert sans fusil ni cor de chasse. Je compris en un instant qui j’affrontais, lorsque j’ai essayé, pendant quelques secondes, de l’attraper. Peine perdue, trop rapide pour moi.

Mon petit chien eut peur. « Mon Dieu mais qu’est-ce qui lui prend ? ». Par le moyen de ses yeux attendris, il cherchait à éliminer mon instinct de tueuse de plantes et de reptiles. « Y a pas de lézard, la voilà serial killeuse ! ».  Dans ses pupilles, j’ai cependant puisé son absolution innocente, plus précieuse que nos vaines accusations. Nous nous montrons si durs envers nous, avec les autres, vis-à-vis de tout.

J’avais vraiment besoin de son pardon inconditionnel, de l’étendue du ciel si bleu, ébloui par les fleurs lumineuses et les chasseurs aguerris. L’or liquide qui brillait de l’Astre rieur, amusé de mes facéties solitaires, me réchauffait tout entière.

Après tout, nous ne sommes que des petits vaniteux dans la clarté de nos jours éphémères....

Au goût d’éternité.

 

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