Le canari de mon enfance me revient en mémoire. Tout jaune, bavard imperturbable, chanteur hors norme, je ne peux pas me souvenir de lui sans ressentir encore les vibrations de sa joie innée, de sa voix experte en vocalises.
Je le revois, par la pensée ; il se dressait sur la barre posée de sa volière. Comme un guetteur, il semblait se tenir en alerte, prêt à sonner de son clairon invisible. De quoi donc pouvait-il me prévenir un petit être aussi chétif que lui ?
Du lever du jour, extasié avant moi de l’aube d’un nouveau matin. Il annonçait le retour de la transparence, celle de l’air qu’on respire. Il me promettait déjà, à sa manière unique, les rires à venir, les pleurs peut-être, les arbres frileux dénudés de l’hiver ou la danse ininterrompue des feuilles de l’automne.
Je crois que c’est avec lui que j’ai appris que les oiseaux ne chantent pas qu’en été. En toute saison, mon canari gazouillait. Il sautait aussi d’un endroit à un autre et puis, comme ça, à la dérobée, ses tout petits yeux me regardaient. On aurait dit deux perles très fines qui m’interpellaient. Quelles paroles prononçaient-ils ? Je l’ignore encore. Mais, à bien y réfléchir, je ferme les paupières, les réponses m’arrivent à foison.
Il proclamait la beauté de la vie paisible, sans violences dans les mots, dans les actes ou les pensées. Il me déclarait sa flamme pour la poésie sortie tout droit de ses envols courtois.
Oui, je m’en rappelle à présent. Son existence semblait n’avoir pour seul but que l’horizon d’un jour où il pourrait encore s’étourdir de ses propres piaillements, où il gommerait de mon regard curieux les images horribles de l'actualité.
Petit écho des anges, miroir lointain de leur présence, mais bien vivant, il récitait les cantiques invisibles venus d’en haut. J’en ai la certitude, rien ici-bas n’est détaché du ciel, de l’éternité qui nous cueille à chaque instant.
En cette journée si triste où la guerre éclate, où les hommes ne savent plus ni se parler, ni se taire, ni même penser, plutôt que de parcourir, une fois de trop, ce qui me fait pleurer, j’ai fermé mon âme au monde.
Puis, j’ai écouté, comme si cette heure n’avait jamais cessé, la première note qui s’exhalait de mon titi. J’ai ouvert la volière de mon cœur, j’y ai trouvé un opéra minuscule, une louange de Gloire à la Divinité, un orateur d’une éloquence venue d’ailleurs.
« Chante la vie ! Chante la vie », insistait-il.
Alors, j’ai obéi. J’ai pris ma veste, je suis sortie dans le jardin.
Et j’ai chanté la vie, amnésique pour quelques heures, de tout ce qui m’attriste.
J’ai chanté la Vie.
Avec mon canari du dedans.
Ajouter un commentaire
Commentaires